Parce qu’être femme quand on fait un métier d’homme est parfois un défi, nous avons voulu poser la question à ces femmes Cheffes de cuisine et fières de l’être.

Qu’elles soient Cheffes de cuisine, Cheffes pâtissières ou Cheffes traiteures, chacune a sa particularité et son style personnel. Elles ont toutes des spécialités différentes mais sont liées par un même métier : celui de Cheffe. 

Avec une signature bien à elles qui les démarquent par ce qu’elle font, on les remarque aussi naturellement par ce qu’elles sont.

Etre femme Cheffe, avantage ou inconvénient ?

Pour certaines d’entre elles, la femme apporte aux métiers de la cuisine un côté plus délicat, plus méticuleux, même si cela peut paraître un stéréotype car les hommes peuvent être tout aussi délicats.

On associe souvent la femme à une forme de sensibilité, encore plus dans les métiers de la pâtisserie, ce qui les amène peut-être à être plus précises et plus intenses dans leurs créations.

Elles apportent aussi une forme d’équilibre lorsqu’elles font partie d’une brigade.

En réalité, comme nous avons tous une part d’homme et de femme en chacun(e) de nous, les genres n’ont plus vraiment lieu d’être. Et un client qui goûte à un plat ou une pâtisserie ne devrait pas se poser la question de savoir si c’est réalisé par un homme ou une femme.

Les défis de la femme Cheffe

Concilier la vie personnelle et professionnelle est souvent un challenge pour elles.

Les Cheffes témoignent aussi d’un travail parfois physique, difficile à appréhender autant plus lorsqu’elles sont enceintes, mais elles se laissent volontiers aider par les hommes – ou par d’autres femmes – quand cela devient nécessaire.

Faire ce métier, et encore plus lorsque l’on travaille en brigade, demande à accepter une hiérarchie très traditionnelle, qui complique parfois les choses.

En tant que femme, il faut prouver plus de choses et se faire une place. Le défi est de montrer son envie de faire ce travail, aussi bien sinon mieux qu’un homme, pour être prise au sérieux.

Il est encore difficile pour les femmes de s’intégrer dans le monde de la restauration. Un mal pour un bien, puisque cela les amène souvent à s’installer en tant qu’indépendante pour créer quelque chose bien à elles. 

Cuisiner végétal en tant que femme

On pourrait croire que travailler le végétal viendrait rajouter une difficulté au métier, mais pas forcément. Au contraire, cela peut même aider les Cheffes à valoriser leur travail. Le végétal a en effet un côté séduisant, plus féminin, qui leur va bien et qui attire les gens.

Les femmes incarnent mieux le sujet du végétal car elles ont un lien plus fort à la nature. Les livres sur le végétal sont d’ailleurs souvent écrits par des femmes.

Et comme les femmes attirent les femmes, la clientèle de cette cuisine est bien souvent féminine.

D’un autre côté, elles peuvent parfois souffrir d’un manque de crédibilité sur ce sujet, car certain(e)s pensent encore que la cuisine végétale est limitante.

Chef ou Cheffe ?

Si certaines femmes s’accommodent d’une écriture masculine, d’autres tiennent à affirmer une écriture féminine.

Une manière pour elles de se différencier, se faire reconnaître, s’affirmer…? S’il est nécessaire d’écrire “Cheffe” au féminin est-ce parce que la femme n’est pas encore reconnue par l’homme dans ce métier ? 

Ces questions sont légitimes mais ne devraient pas donner lieu à débat parce que chacune peut l’écrire comme elle le souhaite, selon ses motivations. 

Cette réflexion est d’ailleurs très française et liée à la culture de notre langue. En effet, à l’international la question du féminin ne se pose pas, du moins pas autant. 

Chez les professionnelles elles-mêmes, l’usage dépend de chacune. Parmi les Cheffes étoilées, celles qui se désignent elles-mêmes avec l’orthographe « Chef » (Chef cuisinier, Chef de cuisine ou Chef cuisinière) sur leur compte Instagram ou sur la page officielle de leur établissement, sont les plus nombreuses, comme Virginie Basselot, Stéphanie Le Quellec, Coline Faulquier, Françoise Mutel, Chiho Kanzaki, Naoëlle d’Hainaut, Alexia Duchêne, Andrée Rosier, Reine Sammut et Fanny Rey. 

Parmi celles qui se désignent comme « Cheffes », on trouve la Cheffe triplement étoilée Anne-Sophie Pic mais aussi les Cheffes Virginie Giboire, Amélie Darvas, Nolwenn Corre et Manon Fleury. En pâtisserie, on trouve la forme « Chef pâtissière » chez Jessica Préalpato mais « Chef pâtissier » chez Christelle Brua qui a rejoint les cuisines du Palais de l’Élysée. 

L’orthographe « Cheffe », bien que de plus en plue répandue, demeure d’un usage très modéré dans la profession et dans les publications du guide Michelin et du Gault & Millau qui utilisent indifféremment les mots « Chef » ou « Femme Chef ».

Une question de culture

Notre héritage gastronomique et notre culture de la tradition mettent à toutes ces femmes une certaine forme de pression. Un perfectionnisme “à la française” qui leur donne le sentiment de devoir être plus fortes et qu’elle n’ont pas le droit à l’erreur.

Malgré les difficultés à être une femme Cheffe en France, cela leur donne d’autant plus envie de faire bouger les lignes et de faire connaître la cuisine végétale dans ce pays réputé pour sa gastronomie traditionnelle. 

Les femmes ont envie de participer à ce défi d’envergure et de participer au changement. Là est probablement leur grande force !


Les rencontres de l’Institut V sont des événements organisés pour les membres du Club Institut V. 
Retrouvez un extrait de notre rencontre spéciale Cheffe au féminin.

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